Une EXCLUSIVITE du CISM sur la prévention de la rupture du LCA

INTERVIEW de Romain Forté, entraineur et préparateur physique du CISM

 

 

Entraineur et préparateur physique tu as étudié et développé un  protocole de préparation physique pour la prévention de la rupture du Ligament Croisé Antérieur (LCA) chez le skieur alpin. Peux-tu nous restituer l’origine de cette démarche que tu as effectuée pour ton mémoire de master II ?

Sur le plan personnel, ayant également couru en ski alpin j’ai moi-même subi cette blessure. Normal me direz-vous ! En tout cas c’est ce que l’on m’a dit : « ça y est tu es un vrai skieur, tu t’es pété le croisé » et cette phrase m’a toujours laissé perplexe… .

Par la suite, lors de mes 3 dernières années d’étude je travaillais déjà avec des skieurs de haut niveau. La rupture du LCA étant l’une des blessures grave la plus récurrente en ski alpin, j’ai tout naturellement orienté mes recherches sur cette blessure et ce dès mon master 1. Cependant en master 1 on nous avait demandé une revue de littérature, en d’autres termes : Qu’est ce que cette blessure et qu’est ce qui est mis en place pour celle-ci ?

Le bilan de ce mémoire fut le suivant :

            -Blessure grave la plus récurrente en ski alpin. Sur l’année 2010 on ne recensait pas moins de 14 cas de rupture au sein de l’équipe de France (ruptures survenues courant 2010)

            -Blessure entrainant une intervention chirurgicale (ligamentoplastie) et 6 mois d’arrêt.   

            -Des statistiques inquiétantes : A haut niveau, suite à une ligamentoplastie du LCA, 20% des skieurs ne retrouvent pas leurs niveaux physique et/ou technique et 50% ne progressent plus. Dans 70% des cas la blessure survient en début de saison (décembre/ janvier), ce qui entraîne par conséquent  « une saison blanche ». 

            -Pour finir, j’ai pu constater que le champ préventif de la rupture ou de la récidive de rupture est peu approfondi. On trouve peu de bibliographie dans ce domaine en comparaison au domaine de la rééducation.

NB : J’insiste sur le terme RECIDIVE, car au-delà de 3, voir 4 ruptures du LCA sur un même genou, le chirurgien se retrouve « bloqué » faute de « matière première », car ce dernier a déjà puisé ses greffons dans la quasi-totalité des tendons du genou,  lors des interventions précédentes. Le greffon étant une partie de tendon voire la totalité d’un tendon destiné à remplacer le LCA.

Tout cela m’a alors mené, en tant qu’entraîneur/préparateur physique spécialiste du réentraînement et de la prévention des blessures inhérentes au sport de haut niveau, à orienter mes recherches de fin d’étude sur « la prévention de la rupture du LCA chez le skieur alpin de haut niveau, à partir d’une batterie de tests isocinétiques et d’une préparation physique, adaptée aux contraintes du ski alpin.»

 

La préparation physique spécifique permettant de prévenir la rupture du LCA doit se baser sur des tests reproductibles et fiables. Tu utilises pour ça un ergomètre isocinétique, peux-tu nous décrire brièvement ce que tu mesures chez le skieur et pourquoi ?

Le principal mécanisme de rupture du LCA est le « tiroir antérieur du genou », c'est-à-dire une translation antérieure du tibia par rapport au fémur. Ce « tiroir antérieur » étant essentiellement dû à un déséquilibre des tensions musculaires entre les ischio-jambiers (muscles postérieurs de la cuisse) et les quadriceps (muscles antérieurs de la cuisse) : on parle alors dans ce cas de ratio Ischio-Jambier/Quadriceps (I-J/Q),  qui permet le maintien articulaire du genou.

Nous allons donc mesurer au cours de ces tests isocinétiques des ratios de force entre les ischio- jambiers et les quadriceps :

                 -sous les régimes d’actions musculaires, concentriques, excentriques et isométriques, en relation avec les régimes d’actions musculaires présents dans le ski alpin,

                 -sur des angles précis, correspondant aux zones de rupture du LCA spécifiques au ski alpin,

 -le tout, sur des tests de forces maximales et sur des tests de fatigabilité, car d’après l’épidémiologie, en ski alpin cette blessure survient davantage après deux heures de pratique et/ou en seconde partie de tracé.

 

Pourquoi ces tests sont-ils adaptés aux skieurs ? Quelles sont les différences avec les batteries de tests standards que l’on peut faire dans tous les centres sportifs équipés d’ergomètre et quelles sont les conséquences sur la préparation physique ?

Ces tests sont adaptés aux skieurs car ils sont établis à partir d’une étude anatomo-biomécanique de la rupture du LCA en ski alpin. En d’autres termes, à partir d’une confrontation entre l’analyse des haubans musculaires du genou, l’analyse fonctionnelle du virage en ski alpin, les mécanismes de rupture du LCA ainsi que les différentes études épidémiologiques toujours spécifiques au ski alpin.

Il y a deux grandes différences entre cette batterie de tests et les tests « standards ».

En premier lieu, comme évoqué précédemment, cette batterie de tests à été conçue à partir d’une analyse spécifique du ski alpin. Car au cours de mes recherches j’ai pu constater que la plupart des tests isocinétiques reconnus dans le monde sportif, sont des tests standards et systématiquement appliqués à tous les sports. C'est-à-dire aussi bien sur des sportifs amateurs que professionnels, mais également aussi bien sur des footballeurs que sur des skieurs et ce sans aucun changement de protocole, ni de barème.  Par conséquent j’ai été obligé de développer cette batterie de tests, afin de planifier et mesurer les effets de mon protocole de  préparation physique, qui, lui était spécifique au ski alpin.

Ensuite, sur un plan plus scientifique, j’ai également pu me rendre compte que dans la plupart des cas, ces tests standards ne respectaient pas les lois biomécaniques musculaires, telles la relation force-vitesse, la relation force-longueur et la relation agoniste-antagoniste en terme de régime d’action musculaire.  Cela ne vous parle peut être pas vraiment, mais pour faire simple, si ces lois ne sont pas respectées alors les résultats obtenus sont totalement erronés.

Les conséquences sur la préparation physique :

La préparation physique ainsi que les tests isocinétiques sont tous deux issus  d’une même réflexion (même étude anatomo-biomécanique), cette corrélation entre les tests et la préparation physique permet par conséquent une optimisation des résultats de la préparation physique. Car rappelons le, le test isocinétique va nous  permettre de détecter des signes précurseurs de la rupture du LCA et par conséquent de planifier une préparation physique individualisée.

D’autre part, l’un des véritables facteurs innovateurs de cette batterie de test est la mesure de ratios sur des angles précis, correspondant aux zones articulaires de rupture du LCA et il apparait que les résultats (ratios) sont différents selon les angles de mesures. Ces différences de résultats prennent alors toutes leurs importances dans la planification de la préparation physique.

Par ailleurs, il me semble intéressant de signaler que dans les tests « standards », ces différences de ratios selon la position angulaire du genou, ne peuvent pas être mis en évidence.  

 

La préparation physique adaptée à chacun résultant de ces tests n’est pas pour autant une garantie de non rupture du LCA, pour quelles raisons proposer un tel protocole de prévention ?

En effet, par définition, la prévention consiste à limiter le risque en réduisant la probabilité d'occurrence du phénomène dangereux. Il serait donc prétentieux de dire que la prévention supprimerait totalement le risque de blessure.

D’autant plus que la rupture du LCA est multifactorielle : l’état physique,  la préparation physique,  l’échauffement, le matériel, l’état psychologique, la fatigue, l’alimentation, les conditions environnementales …  sont autant de facteurs qui peuvent induire une blessure grave telle que la rupture du LCA.

Cependant, comme vu précédemment, le principal mécanisme de rupture du LCA est le « tiroir antérieur du genou », essentiellement dû à un déséquilibre du ratio Ischio-Jambier/Quadriceps (I-J/Q). La préparation physique nous permettant de réduire voire même de supprimer ce déséquilibre musculaire, celle-ci nous permettra alors de fortement réduire le risque de blessure … Pourquoi s’en priver ?

Car rappelons-le, le  haut niveau technique n’est possible que si l’athlète n’est pas régulièrement écarté de l’entrainement pour cause de blessure (en d’autre terme : prévention = performance), sans également oublier l’intégrité physique du sportif car il y également une vie après la carrière sportive.

 

Ces tests sont physiques et intenses, à quel genre de population s’adressent-ils ?

A l’origine cette batterie de tests a été conçue pour des skieurs de haut niveau. Toutefois celle-ci n’est pas pour autant réservée à des athlètes de haut niveau.

Je pense pouvoir dire que cette batterie de tests s’adresse principalement à des sportifs MOTIVES, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

 En effet ces tests sont établis sur des mesures à intensité maximale, le sujet se donne alors à « 100% ». Toutefois, le principe de l’isocinétisme, est que la résistance appliquée par l’ergomètre s’auto-adapte à la force musculaire développée par le sujet et ce à une vitesse constante. Il n’y a donc pas besoin d’avoir des années de musculation derrière soi pour effectuer un test isocinétique.

 

Propos recueillis par Christophe le 9 mai 2013

En partenariat avec l'université Joseph Fourier de Grenoble (UFRAPS), le CISM vous propose de passer les tests isocinétiques et de suivre le protocole de préparation physique adapté.

Pour plus de renseignements :cliquez ici